• Les chrétiens et la pauvreté - Le défi Michée

    Un article d'Alain LEDAIN

    « Que ceux qui ont faim aient du pain ! Que ceux qui ont du pain aient faim de justice et d’amour ! »
    [Abbé Pierre]

    Pourquoi sommes-nous sensibles à la pauvreté ?

    Qu’est ce qui, bibliquement, fonde notre action envers les pauvres ?

    Lors d’un précédent article, j’avais abordé le thème « Richesses et pauvreté selon Jean Calvin » . Nous avions développé quelques pensées dont voici un résumé :

    • Avant la chute, tout était excellent. Dans le dessein de Dieu, l’économie à la disposition de la société humaine, était une économie d’abondance, propre à nourrir toute l’humanité. Malheureusement, le péché de l’homme est venu bouleverser la création. Sont alors apparus le désordre économique et la pauvreté. C’est pourquoi nous constatons la rupture de la solidarité économique, l’orgueil de ceux qui possèdent et la convoitise de ceux qui ont une condition inférieure.
      La bonne nouvelle, c’est que la restauration de toute chose se trouve en Jésus-Christ ; y compris celle de l’ordre économique. Et l’Eglise est chargée de donner des signes de cette restauration.

    • Les biens matériels sont une figure de l’abondance du royaume des cieux. Ils doivent être reçus dans la foi comme un don de Dieu, signe de sa grâce.
      Les richesses doivent être consacrées à Dieu. Or, consacrer à Dieu la richesse, c’est la mettre au service d’autrui. Les riches – ceux à qui Dieu confie des biens en surcroît – sont chargés d’être les dispensateurs de Dieu auprès de ceux qui ont le moins de ressources. Les riches sont les « ministres des pauvres ». C’est par leur intermédiaire que Dieu veut subvenir à leurs besoins.
      La fonction divine du riche est de donner. Et c’est la fonction de tout homme car nous sommes tous le riche de quelqu’un, car nous avons tous reçu une part des biens de Dieu !

    LE MYSTERE DU PAUVRE
    (Reprise partielle de l'article "Pensée économique et sociale de CALVIN - Richesses et pauvreté") 

    Le pauvre est une victime du désordre économique, résultat du péché des hommes - et du sien parfois -.

    Pour comprendre le " mystère du pauvre ", lisons Matthieu 25: 34-45 : " Après quoi, le roi dira … " Venez, vous qui êtes bénis par mon Père… 35 Car j'ai souffert de la faim, et vous m'avez donné à manger. J'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire. J'étais un étranger, et vous m'avez accueilli chez vous. 36 J'étais nu, et vous m'avez donné des vêtements. J'étais malade, et vous m'avez soigné. J'étais en prison, et vous êtes venus à moi. " 37Alors, les justes lui demanderont : " Mais, Seigneur, quand t'avons-nous vu… ? " 40 Et le roi leur répondra : " Vraiment, je vous l'assure : chaque fois que vous avez fait cela au moindre de mes frères que voici, c'est à moi-même que vous l'avez fait. "

    Selon Calvin, Jésus fait un honneur inestimable aux pauvres en les nommant ses frères. Il s'identifie à eux. Ils deviennent les ambassadeurs, les " receveurs de Dieu ". A travers eux, Dieu vient à notre rencontre pour éprouver notre foi, notre amour et notre libéralité.

    Une remarque à propos de l’expression « au moindre de mes frères » du verset 40 : Selon certains, il s’agirait de frères de Jésus en humanité. Cependant, selon d’autres, la parabole fait référence au fait de s’occuper de ceux qui suivent Jésus et elle ne devrait pas être comprise dans un sens trop large.

    Ceci étant, il nous est dit très clairement qu’il incombe à l’humanité d’être responsable les uns des autres (alliance de Noé : Genèse 9 : 1-17) : « Je demanderai compte à chaque homme de la vie de son semblable. Si quelqu’un répand le sang d’un homme, son sang à lui doit être répandu par l’homme, car Dieu a fait l’humanité à son image » (v.5-6). Cela nous amène à l’importance de l’humanité faite à l’image de Dieu […] Comme l’a écrit un homme politique africain : « Je crois que Dieu a fait l’homme à son image. Je refuse de croire à un Dieu qui est aveugle, affamé et illettré. »
    (Cette remarque est une reprise partielle du document : « Une approche biblique de la mondialisation » publié sur le site ChristNet  - page 39 

    Et puis, il y a cette question : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »… (Selon Genèse 4) ) « Comment résonne aujourd'hui cette interrogation de toujours ? Que fait-elle entendre dans le contexte d'une société postmoderne en crise ? À quoi appelle-t-elle ? »
    (Source : Conférence 2009 des « Semaines Sociales de France » donnée par Etienne GRIEU sur le thème « Qu’as-tu fait de ton frère ? » 

    Le Seigneur n'a pas besoin de nos biens. " Il veut qu'on emploie envers les pauvres ce qu'on voudrait lui offrir. "

    C'est dans cette optique, que Calvin interprète le verset: " Vous avez toujours les pauvres avec vous, mais vous ne m'avez pas toujours. " (Jean 12 : 8) : Nous n'avons plus Jésus physiquement avec nous. Nous ne pouvons donc plus lui offrir quoi que ce soi, sinon donner au pauvre, son représentant, qui sera toujours avec nous.

    A remarquer que d’autres interprètent ce verset comme l’annonce d’une éradication impossible de la pauvreté avant la manifestation pleine et entière du Royaume de Dieu.

    Proverbes 19 : 17 : " Celui qui a pitié du pauvre, prête à l'Eternel qui le lui revaudra. "

    Si les richesses terrestres renvoient à celles du royaume de Dieu, le pauvre renvoie à Christ, au dépouillement et à la souffrance qu'il a endurés : 2 Corinthiens 8 : 9 : " Car vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus Christ, qui pour vous s'est fait pauvre, de riche qu'il était, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis. "

    Par l'incarnation en Jésus-Christ, Dieu s'est lié aux déshérités.

    Pour Calvin :
    - Toucher au pauvre, lui nuire, ne pas le secourir, c'est attenter à Dieu lui-même.
    - Le pauvre doit être respecté, non seulement à cause de lui-même - il pourrait être antipathique - mais à cause de ce qu'il représente, à cause de sa fonction spirituelle.

    Toutefois, la qualité de pauvre ne confère aucun mérite spirituel. Il ne suffit pas d'être pauvre matériellement pour avoir l'esprit de pauvreté que Dieu requiert de tout homme, c'est-à-dire avoir renoncé à l'orgueil.

    « On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien; Et ce que l'Éternel demande de toi, C'est que tu pratiques la justice, Que tu aimes la miséricorde, Et que tu marches humblement avec ton Dieu. » (Michée 6 : 8)

    Le culte de la réussite et de la performance, le principe de « concurrence » et de « compétition » qui n’est rien d’autre que l’impitoyable loi des plus forts, amènent aujourd’hui le mépris du pauvre, le mépris de celui qui ne réussit pas. Mais qu’est ce que la réussite ?
    Ce mépris, on en est attristé en lisant le dernier livre de Florence Aubenas « Le quai de Ouistreham ». Certaines pages ressemblent à du Zola tant est grande la précarité sociale que la journaliste décrit.

    Si « celui qui traite son prochain avec mépris est un insensé » (Pr 11 : 12) et « commet une faute » (Pr. 14 : 21), « opprimer le pauvre ou se moquer de lui, c'est outrager son Créateur » (Pr 14 : 31 et 17 : 5), lui fermer son oreille, c’est risquer de crier soi-même et de ne pas avoir de réponse (Pr 31 : 13).

    Tout au contraire,  avoir pitié de l’indigent, c’est honorer son Créateur (Pr. 14 : 31) et « Heureux celui qui se soucie du pauvre (qui le comprend, qui s’intéresse à lui). S'il est dans le malheur, l'Éternel le délivre, l'Éternel le protège et préserve sa vie : il le rend heureux sur la terre et ne le livre pas au pouvoir de ses ennemis. » (Ps 41 : 2-3)

    Rappelons ici un texte bien connu au chapitre 58 du livre d’Esaïe : « 6 Voici le jeûne auquel je prends plaisir : Détache les chaînes de la méchanceté, Dénoue les liens de la servitude, Renvoie libres les opprimés, Et que l'on rompe toute espèce de joug ; 7 Partage ton pain avec celui qui a faim, Et fais entrer dans ta maison les malheureux sans asile ; Si tu vois un homme nu, couvre-le, Et ne te détourne pas de ton semblable. 8 Alors ta lumière poindra comme l'aurore, Et ta guérison germera promptement; Ta justice marchera devant toi, Et la gloire de l'Éternel t'accompagnera. 9 Alors tu appelleras, et l'Éternel répondra ; Tu crieras, et il dira : Me voici ! Si tu éloignes du milieu de toi le joug, Les gestes menaçants et les discours injurieux, 10 Si tu donnes ta propre subsistance à celui qui a faim, Si tu rassasies l'âme indigente, Ta lumière se lèvera sur l'obscurité, Et tes ténèbres seront comme le midi. 11 L'Éternel sera toujours ton guide, Il rassasiera ton âme dans les lieux arides, Et il redonnera de la vigueur à tes membres; Tu seras comme un jardin arrosé, Comme une source dont les eaux ne tarissent pas. 12 Les tiens rebâtiront sur d'anciennes ruines, Tu relèveras des fondements antiques; On t'appellera réparateur des brèches, Celui qui restaure les chemins, qui rend le pays habitable… »

    Si nous sommes tous le riche de quelqu’un, nous devons tous avoir le cœur du pauvre car tous, nous recevons de Dieu pour nos biens. Je vous soumets le tableau suivant. Il ne s’agit nullement de condamner les « riches au plan matériel » mais d’avertir les « riches en esprit ».

    « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux » (Matthieu 5 : 3) « Heureux vous qui êtes pauvres, car le royaume de Dieu est à vous ! » (Luc 6 : 20) « Mais, malheur à vous, riches, car vous avez votre consolation ! » (Luc 6 : 24)
    Les pauvres connaissent leur besoin de rédemption et reconnaissent ce qui leur manque. Les riches ne connaissent pas leur besoin de rédemption et se voient d’un œil complaisant.
    Les pauvres connaissent leur dépendance de Dieu mais aussi leur interdépendance les uns des autres. Les riches cherchent à être indépendants.
    Les pauvres placent leur sécurité non sur des choses mais sur des personnes. Les riches placent leur sécurité dans des systèmes et des institutions (L’Etat…).
    Les pauvres n’exagèrent pas le sens de leur importance. Les riches se font valoir par leurs titres et leurs réalisations.
    Les pauvres attendent peu de la compétition et beaucoup de la coopération. Les riches ont besoin de se faire briller dans un monde decompétition. La coopération est menaçante pour leur égo ou leur succès personnel.
    Les pauvres peuvent distinguer les biens de nécessité des biens de luxe. Les riches n’apprécient plus le luxe comme un moment d’exception, ils prennent cela comme un du et manquent de reconnaissance.
    Les pauvres peuvent attendre, car ils ont acquis une patience forgée par l’habitude de ne pas être prioritaires. Les riches ne supportent pas d’attendre, car leur statut est à leurs yeux un passe-droit infaillible.
    Les craintes des pauvres sont plus réalistes et moins exagérées, car ils savent que quelqu’un peut endurer de grandes souffrances et tenir bon. Les riches craignent la moindre épreuve et amplifient les contrariétés rencontrées dans leur quotidien, car leur bonheur repose sur des bases fragiles.
    Quand les pauvres entendent l’Evangile, il résonne commeune bonne nouvelle et non comme une sanction ou une menace. Quand les riches entendent l’Evangile, il résonne comme une menace à leur bien-être et perce comme un aiguillon dans leur conscience.

    Les pauvres peuvent répondre à l’appel de l’Evangile et s’abandonner, car ils n’ont pas grand-chose à perdre.

    Il est difficile à un riche d’entrer dans le royaume des cieux, car il calcule ce que ça lui coûtera et non ce qu’il gagnera.

    (D’après Monica Hellwig (Source : http://www.philippejoret.com/2010/06/01/un-coeur-de-pauvre-pour-etre-riche/ )

    UNE REMARQUE

    Il n’est pas de pauvres qu’en argent mais aussi en affection (en relations), en savoir, en convictions.

    LA MISSION INTEGRALE

    Source : Déclaration du Réseau Michée, Oxford 2001
    Source : livre « Pauvreté, Justice et Compassion » © 2009 Ligue pour la Lecture de la Bible.

    « La restauration de toutes choses se trouve en Jésus-Christ ; y compris celle de l’ordre économique. Et l’Eglise est chargée de donner des signes de cette restauration. » C’est pourquoi, nous nous investissons dans « la mission intégrale » qui est la proclamation et la mise en pratique de l'Évangile.

    Il ne s'agit pas simplement de juxtaposer, de compartimenter « évangélisation » et « action sociale ».

     Dans la mission intégrale, notre proclamation a des conséquences sociales car nous appelons à aimer, et à la repentance dans tous les domaines de la vie.

     Par ailleurs, notre implication sociale a des conséquences pour l'évangélisation puisque nous témoignons concrètement de l’amour de Jésus-Christ aux hommes.

    Si nous ignorons le monde – en ne nous impliquant pas socialement –, nous trahissons la Parole de Dieu qui nous envoie pour servir le monde et donner des signes de la restauration de toutes choses par la venue du Royaume de Dieu. Autrement dit : Si nous ignorons le monde, nous ne sommes plus prophétiques..

    Si nous ignorons la Parole de Dieu, nous n'avons rien d’autres à apporter au monde que ce qu’apportent déjà les organisations sociales et humanitaires.

    Entrer dans la « mission intégrale » ne se comprend pas seulement en termes d’activités d’églises mais en termes de ce que l’Eglise est appelée à être : l’Eglise doit être intègre, cohérente, c’est-à-dire qu’elle doit constamment lier « l’être » et « le faire », le « spirituel » et le « matériel », « l’individuel » et le « social », le « changement personnel » et le « changement structurel », la « justice » et la « miséricorde », la « prédication de la vérité » et la « pratique de la vérité »… Tout cela va de pair.

    L’Evangile n’est pas seulement une affaire privée et individuelle, un message qui parle à mes besoins et à mon avenir – une vie dans un autre monde après la mort et la foi comme une police d’assurance pour y parvenir –. L’Eglise n’est pas non plus un club religieux préoccupé uniquement des besoins et des intérêts de ses membres. Son message n’est pas issu d’un légalisme moraliste, d’une respectabilité bien-pensante.

    L’Evangile, c’est la bonne nouvelle du Royaume des cieux, royaume de réconciliation (avec Dieu premièrement et le prochain ensuite), de restauration de toutes choses dont l’Eglise doit manifester la présence aujourd’hui et l’ordre social.

    Les Églises locales qui entrent dans cette démarche intégrale connaissent ceux qui sont leurs voisins (et donc leur ville d'implantation - Les pauvres ne sont pas qu'en Afrique ; ils sont aussi à nos portes), leurs prochains et elles se soucient des personnes. Et une personne n'est pas seulement une bouche à nourrir, ni seulement une âme !

    "Recherchez le bien de la ville où je vous ai menés en captivité, et priez l'Eternel en sa faveur, parce que votre bonheur dépend du sien." (Jérémie 29 : 7)

    Entrer dans la mission intégrale, c’est connaître le vécu et le type d'aide dont nos prochains ont besoin. C’est être conscients de leurs besoins physiques, psychiques et spirituels.

    Pour clore cette partie sur la mission intégrale, j’aimerais partager une réflexion de Daniel Bourdanné, secrétaire Général de l’IFES (« Groupes Bibliques Universitaires » au plan international). Daniel est originaire du Tchad.

    « On constate une réelle effervescence parmi les chrétiens d'Afrique. On est frappé par les Églises pleines et la chaleur de la foi, et on parle d'un déplacement du centre de gravité du christianisme vers les pays du Sud.
    Mais je déplore le peu d'impact de cette effervescence dans la vie réelle en termes de lutte contre la corruption, contre la pauvreté, contre les maux qui handicapent nos sociétés. Je ne peux rester insensible à ces pays qui sombrent dans la corruption et les génocides, comme si l'Évangile n'avait pas d'impact pour briser les chaînes. On chasse les démons le dimanche et ils reviennent en force le lundi ! Quelque chose ne va pas.
    Pour parvenir à de véritables changements, la théologie évangélique doit connaître une transformation. […] La question fondamentale sur laquelle doivent se prononcer aujourd'hui les évangéliques du Nord comme du Sud, c'est de savoir si notre responsabilité sociale reste marginale et s'ajoute simplement aux activités religieuses, ou si nous y voyons une véritable interpellation du Seigneur. »

    Plaidoyer en faveur des pauvres

    « Ouvre la bouche pour défendre ceux qui ne peuvent parler, pour défendre les droits de tous ceux qui sont délaissés. Oui, parle pour prononcer de justes verdicts. Défends les droits des malheureux et des pauvres ! » (Proverbes 31 : 8-9)

    Tels sont les versets qui fondent la démarche du plaidoyer en faveur des pauvres ; c’est-à-dire : « Agir avec et au nom des pauvres pour s’attaquer aux causes sous-jacentes de la pauvreté (injustice structurelle), promouvoir la justice et soutenir un bon développement en influençant les politiques et pratiques de ceux qui sont au pouvoir. »
    (Source : Démarche de plaidoyer du « Défi Michée »)

    « Défendez le faible, l’orphelin, soyez justes à l’égard du pauvre et du malheureux, libérez le faible et le misérable, délivrez-les de la main des méchants. » (Psaume 82.3-4)

    Desmond Tutu, Archevêque anglican sud-africain et prix Nobel de la paix en 1984, déclara : « Si vous êtes neutre dans des situations d’injustice, vous avez pris le parti de l’oppresseur. »

    Nous venons de rappeler le commandement de parler pour ceux qui n’ont pas de voix, pour les droits des démunis dans un monde où les ‘droits de l’argent’ ont trop souvent priorité sur les droits de l’homme.

    Ceci étant, il n’est pas question ici de « luttes des classes ». Tout au contraire : nous devons être des ouvriers de paix, de pardon et de réconciliation entre riches et pauvres, entre oppresseurs et opprimés.

    N’oublions pas qu’être défavorisés ou opprimés ne nous range pas dans le camp des bons. De même, qu’être riches ne nous range pas dans le camp des méchants.

    De façon plus générale, nous devons être des bâtisseurs de ponts entre des communautés divisées. Je pense notamment aux tensions ethniques…

    "Beaucoup de gens passent leur temps à élever des murs. Nous préférons bâtir des ponts." (Isaac Newton)

    Peut-être connaissez-vous cette prière de Saint François d’Assise :
    « Seigneur,
    Faites de moi un instrument de votre paix
    Là où est la haine, que je mette l’amour.
    Là où est l’offense, que je mette le pardon.
    Là où est la discorde, que je mette l’union.
    Là où est l’erreur, que je mette la vérité.
    Là où est le doute, que je mette la foi.
    Là où est le désespoir, que je mette l’espérance.
    Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière... »

    Avant d’aller plus loin, un petit mot sur la mondialisation…

    ... puisqu'il est difficile de penser la pauvreté en dehors de ce contexte.

    Dans « Djihad versus McWorld », Benjamin Barber, politologue et écrivain américain, affirme que la mondialisation fabrique une culture médiatique et marchande uniforme qui permet l'éclosion d'entreprises internationales hégémoniques (McDonald's et Microsoft notamment).

    Dans cette culture, le progrès est mesuré en termes économiques, en termes de statut et de rang social. Les messages de « McWorld » clament que notre identité et notre estime de soi viennent de ce que nous achetons et consommons et il est difficile de ne pas succomber au style de vie « Je veux devenir millionnaire ».

    Un processus de mondialisation  travaille à redéfinir ce qui est important et ce qui est de la valeur dans la vie des individus de toute la planète. Consommez tel soda et vous deviendrez « jeune, sexy, important, in, fort, sportif, intelligent, cool, hot, athlétique, participant du monde : bref, un gagnant, un héros, un champion […], c’est-à-dire, par-dessus tout, quelqu’un qui aime s’amuser. »

    « L’Homme, esclave du divertissement » conclurait Blaise Pascal, divertissement qui est un moyen d’échapper à l’angoisse et au désespoir plutôt que d’envisager son salut.

    Les désirs sont manipulés et l’esprit critique sapé. « L’heure n’est plus à la contrainte mais à la séduction. » (B. Barber)

    Avec une telle philosophie de vie, où est la place du faible, du vulnérable, du pauvre ? N’y a-t’il plus pour lui que le mépris ?

    Un autre résultat est un mouvement décroissant de l’engagement : nos têtes sont endormies, amusées, diverties ; nos jeunes ne s’intéressent plus à la mission, ne s'impliquent plus ; la démocratie est en péril.

    Dans un article du journal La Croix, Marie BOËTON écrit : " Patrons et responsables associatifs constatent [...] tous une baisse du militantisme et, plus largement, de l’engagement de leurs salariés ou de leurs bénévoles. Les associations déplorent une implication de plus en plus volatile des leurs recrues. Et ce depuis des années. Plus étonnant : les dirigeants d’entreprise dressent le même constat. "

    Cette « domination culturelle », ce « totalitarisme»,  englobé sous le nom de « McWorld », génère des réactions de repli identitaire pouvant être très violentes : des mouvements nationalistes durs  et des groupuscules intégristes.

    Face à cela, face à l'uniformisation des cultures et à l'humiliation des plus fragiles, l’Eglise doit interpeler sur la responsabilité envers les faibles et les vulnérables, doit célébrer la diversité culturelle - elle est elle-même riche de sa diversité et a un rôle unique à jouer en tant que vraie communauté mondiale - ; elle doit s’élever contre les structures injustes et amorales de ce monde et, enfin, être la bouche de ceux qui souffrent, souffrir avec eux et travailler à leur soulagement.

    Prions pour un renouveau spirituel de notre vie de foi, pour un renouveau de notre engagement : L’Eglise doit répondre aux dégâts causés par la mondialisation tant aux êtres humains qu’à l’environnement et c’est un vaste programme ! Travaillons en réseaux et coopérons ensemble.

    Fin de la parenthèse sur la mondialisation.

    Le combat contre l’injustice est spirituel. L’injustice structurelle cache des réalités spirituelles. C'est pourquoi, nous désirons nous engager à prier, à plaider la cause des pauvres, non seulement devant les dirigeants de ce monde, mais aussi devant Dieu, le Juge de toutes les nations.

    Plaider devant les dirigeants de ce monde

    Même si nous ne sommes pas gouvernants, en tant que citoyens, nous avons un rôle à jouer. Nous avons une responsabilité envers la société et l’environnement. Nous devons exercer nos droits et nos devoirs de façon équilibrée. Bref, nous devons entrer dans une citoyenneté active.

    Cela signifie que nous avons l’obligation de parler pour que les responsables du pouvoir politique puissent choisir (selon Christine Boutin).

    Le « Défi Michée » : une appropriation chrétienne des « Objectifs du Millénaire pour le Développement »

    En l’an 2000, l’ensemble des chefs d’Etat et de gouvernement présents à l’assemblée générale de l’ONU, a adopté la Déclaration du Millénaire qui fixe huit « Objectifs du Millénaire pour le Développement » (OMD), à savoir réduire de moitié la pauvreté dans le monde d’ici 2015.

    Signés par 189 pays, ces huit objectifs sont :
    - Réduire l’extrême pauvreté et la faim
    - Assurer l’éducation primaire pour tous
    - Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes
    - Réduire la mortalité infantile
    - Améliorer la santé maternelle
    - Combattre le VIH/Sida, le paludisme et d’autres maladies
    - Assurer un environnement durable
    - Mettre en place un partenariat mondial pour le développement, c’est-à-dire travailler ensemble, au niveau international, pour que la situation des plus pauvres puisse s’améliorer.

    Ces objectifs sont accompagnés de cibles claires. Des indicateurs ont été définis et sont utilisés pour suivre les progrès dans leur réalisation.

    En 2004, l’Alliance Evangélique Mondiale (420 millions de chrétiens dans 123 pays) et le réseau Michée (300 organisation humanitaires chrétiennes) ont lancé une campagne appelée « le Défi Michée »  avec deux objectifs :

    • agir à l’intérieur de la communauté chrétienne afin d’en approfondir l’engagement en faveur des personnes appauvries et marginalisées ;
    • agir vers l’extérieur pour rappeler aux dirigeants de ce monde leur promesse de réduire la pauvreté de moitié d’ici 2015.

    Le Défi Michée est une réponse et une appropriation chrétienne des OMD. Les OMD sont un signe de la sollicitude de Dieu envers les pauvres, les vulnérables et les opprimés.

    Le Défi Michée est reconnu par des dirigeants politiques et des gouvernements dans le monde, y compris par le Secrétaire Général de l’ONU, Ban Ki-Moon.

    Le 10 octobre 2010 (le 10/10/10), il a appelé des millions de chrétiens (100 millions espérés) à une journée de prière et d’action en faveur des pauvres. Il a été rappelé aux dirigeants politiques leurs promesses. A 1 000 d’entre eux, il a été demandé du courage et de la volonté politique c'est-à-dire des mesures qui s’imposent dans la lutte contre la pauvreté en vue de la réalisation des OMD.

    Le « défi Michée » espère 10 millions de chrétiens qui s’engagent à se souvenir activement des pauvres. Les pauvres n'ont pas besoin de nos émotions, de nos bons sentiments mais de notre volonté.

    Dans un contexte où l’image est omniprésente, nous consommons trop souvent des émotions comme nous consommons des sodas. Vous remarquerez qu’il est écrit dans l’Evangile selon Luc : « Paix aux hommes de bonne volonté » et non « Paix aux hommes de bons sentiments » ! On peut se demander si une larme versée sur la pauvreté n’est pas une façon de se déculpabiliser de nos divertissements incessants.

     Télécharger le livret "Défi Michée - Stop Pauvreté 2015" de l'Eglise Protestante Evangélique de Montreuil

    Parmi les ressources utilisées

    La pensée économique et sociale de Jean Calvin

     André Bieler - La pensée économique et sociale de Calvin (GeorG Editeur)

    Quatrième de couverture

    L'aube des temps modernes, le début de la grande révolution économique, sociale, morale et religieuse qui a transformé l'Occident jusqu'à nos jours, c'est le XVIe siècle. Dans quelle mesure la Réformation a-t-elle été activée par les bouleversements économiques et sociaux ? Et quelles mutations radicales le calvinisme a-t-il à son tour apportées aux activités économiques ?

    Telles sont les grandes questions, essentielles pour la compréhension de notre temps, auxquelles l'auteur répond dans la première partie de cet ouvrage. La seconde est consacrée à l'étude de la doctrine de Calvin. Quelle est sa pensée sur la propriété, le travail, le salaire, le commerce, l'argent, le prêt à intérêt, la banque, la spéculation ? Quel rôle économique attribue-t-il à l'Etat et comment envisage-t-il la production, l'acquisition, la distribution et l'usage des richesses ? D'utiles comparaisons sont faites avec les doctrines économiques modernes et celles des principaux auteurs chrétiens. Un chapitre richement documenté est consacré à l'influence de Calvin sur le développement du capitalisme et de la société industrielle occidentale.
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  • Commentaires

    1
    N'ZI
    Mardi 12 Octobre 2010 à 15:13
    N'ZI

    Je crois que votre blog mène le bon combat car dans l'église primitive,  il n'y avait aucun indigent. Chaque chrétien recevait des moyens selon ses besoins. Que DIEU vous béniss eet vous soutienne dans cette noble tâche.

    2
    Danielle MOTAS
    Vendredi 22 Octobre 2010 à 17:53

    Bonne continuation pour votre blog !

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