• Libre propos autour de l’Eglise et de la masculinité

    Un article écrit par Alain LEDAIN

    Une introduction de l'article par Eric LEMAÎTRE

    Voici un article écrit par mon ami LEDAIN qui ne relance pas les sempiternels débats touchant le genre ... en tout cas ce n'est pas ici l'objet de son propos. L'homme s'ennuie-t-il dans l'Eglise ?... La question est osée, mais elle vaut la peine d'être posée ?... L'objectif est ici de parler du caractère de l'homme, de sa masculinité, des besoins qui sont les siens. Sommes nous sûrs que l'Eglise d'une manière générale appréhende la dimension des besoins associés au tempérament de l'homme ? Est-elle là pour forger des caractères faibles ou bien a-t-elle vocation à permettre aux hommes de se réconcilier enfin avec une identité qui n'est pas honteuse ? Une identité quand elle est sanctifiée, renouvelée en Christ autorise des engagements qui sont orientés sur ce qui fait la spécificité de la masculinité à savoir entreprendre, s'engager dans son rôle et sa dimension missionnaire sans appréhender l'hostilité, le combat spirituel dans la cité et non comme un réfugié apeuré dans les bras d'une assemblée sur protectrice et qui ne convient pas au caractère masculin.

    Des hommes s’ennuient dans l’Eglise et cela fait longtemps que je cherche à en comprendre les raisons. C’est ainsi qu’un article paru le 05 septembre 2014 sur le site de La Vie a retenu mon attention. Son titre : Le christianisme est-il une religion de femmes ? Cet article fait référence à deux autres écrits fort intéressants mais rédigés en anglais : Pourquoi les hommes détestent-ils aller à l'église ? et Pourquoi les hommes quittent-ils l’Eglise ? J’ai tenté de les traduire. Dans un premier temps, je vais vous en offrir les points me semblant intéressants.

    Dans un post sur un réseau social, je partageai mon désaccord avec les propos de Pascal-Emmanuel Gobry apportés en conclusion de l’article de La Vie : « Les femmes savent davantage être humainesLes hommes se laissent bien trop souvent distraire de questions fondamentales par leur soif de pouvoir, de gloire, de reconnaissance, etc. Du coup, je ne recommanderais pas tant que l'Eglise s'inspire des hommes, mais que les hommes s'inspirent des femmes. »
    Si chez l’homme la soif de pouvoir, de gloire, de reconnaissance et le machisme sont à proscrire, la masculinité, c'est aussi l'entreprise, le courage, l'amour du combat et du débat. Il faut en parler dans l'Eglise et ne pas seulement appeler ou afficher des valeurs de connotation plutôt féminines.

    Mon post a déclenché une longue discussion dont j’aimerais partager dans un deuxième temps ce que j’en ai retenu. Les échanges m’ont en effet conduit à nuancer mes propos et à affiner ma pensée.

    Un premier article : le livre de David Murrow : Pourquoi les hommes détestent-ils aller à l'église?

    Source : http://www.9marks.org/books/book-review-why-men-hate-going-church%20

    Le nombre de femmes est prépondérant dans de nombreuses églises. Quels sont les éléments qui découragent la participation et l'engagement des hommes ? David Murrow répond : Le style des églises est davantage adapté aux femmes.

    De plus, parmi les hommes il y a les preneurs de risques et les visionnaires d’un côté, et d’un autre les introspectifs tranquilles qui peuplent l'Eglise d'aujourd'hui.

    Voici trois traits de l'Eglise qui, selon David Murrow, heurtent le tempérament de la plupart des hommes :

    1. L’Eglise rend les hommes mal à l'aise parce qu'elle met l'accent sur ​​des valeurs féminines.

    Par exemple, des chansons sentimentales célèbrent l'intimité de la relation avec Jésus-Christ avec des mots qu’aucun homme n'oserait dire à un autre.

    (Parenthèse écrite par Alain LEDAIN : dans le chant TIENS-MOI DANS TES BRAS (JEM 3), une phrase - entre autre - peut mettre particulièrement mal à l'aise : Je suis si bien quand tu m'enlaces. Fin de la perenthèse.)

    L’Eglise met davantage l’accent sur le désir de confort que sur la prise de risque. Nos demandes de prière tournent essentiellement autour de la sécurité, de la protection : « Seigneur, protège nos familles, veille sur nos biens… » Nous attendons que Dieu garde nos vies bien tranquilles, bien ordonnées.

    Les églises qui se concentrent sur leur propre confort cesseront d'attirer les hommes. Ces derniers aspirent à répondre à un appel, celui de changer le monde.

    2. Les hommes supposent que l'Eglise va les obliger à abandonner leurs traits masculins.

    3. L’Eglise ne présente pas un modèle convaincant de discipulat.

    Son modèle de transmission est celui du monde académique. Or, « les hommes suivent des hommes » et non des théoriciens ou des théologiens. Ils ont besoin de visionnaires qui sont source de changement pour ce monde.

    L’Eglise se montre souvent incapable d’inspirer les hommes à la grandeur.

    Un deuxième article : Pourquoi les hommes quittent-ils l’Eglise ?

    Source : http://www.charismanews.com/opinion/41417-why-are-men-leaving-the-church

    L’article original a été écrit par Steve Sonderman qui exerce un ministère pastoral auprès des hommes d’une église du Wisconsin.

    1. La plupart des hommes ne voient pas l’intérêt d'aller à l'église parce qu'elle ne parle pas leur langue et ne s'attaque pas aux problèmes qu'ils rencontrent. Ainsi, une étude récente a montré que 92% des hommes allant à l’église n'ont jamais entendu un sermon sur le thème du travail. Comment se comporter pendant les heures hors du dimanche matin ?

    Pour les hommes, les questions les plus importantes sont le travail, la famille, le mariage, la sexualité et les finances. Elles sont rarement traitées en chaire aujourd'hui.

    Voici une liste de questions-clés que se posent les hommes :

    • Qu’est-ce qu’une vraie masculinité ?
    • Qu'est-ce que le succès ?
    • Comment traiter les sentiments de culpabilité ?
    • Qu'est-ce que la sexualité masculine ?
    • La pureté est-elle possible aujourd'hui ?
    • A quoi ressemble un mariage solide ?
    • Comment réussir dans l’éducation de ses enfants ?
    • Comment être intègre au travail ?
    • Comment bien diriger sa maison, son église, son travail ?
    • Quel est le but de la vie ?

    2. Les hommes veulent être impliqués dans une cause plus grande qu'eux.

    Ils veulent être motivés par une vision convaincante. Ils veulent la croissance de l’Eglise ; ils veulent savoir où ils vont.

    3. Les hommes aspirent à la réussite.

    Nul homme ne veut être un échec ou un perdant. Les hommes veulent gagner ; ils veulent être des héros. Malheureusement, il semblerait que l'Eglise d'aujourd'hui recherche davantage des hommes gentils que de grands hommes.

    4. Les hommes veulent conquérir. Ils veulent maîtriser le monde autour d'eux. Ils cherchent le risque, l'aventure, le changement, la compétition.

    5. Les hommes sont à la recherche d'action. Ils n'aiment pas rester assis pour discuter de théories. Ils aiment trouver des solutions aux problèmes qu’ils rencontrent. Or, beaucoup d'églises aujourd'hui sont centrées sur le soin apporté à leurs membres plus que sur l’élan missionnaire.

    6. Les hommes sont à la recherche de leader à suivre et veulent être eux-mêmes des leaders. Il y a un principe simple : les hommes ne suivent pas des programmes ; ils veulent suivre des hommes courageux, visionnaires et audacieux.

    Non seulement les hommes sont à la recherche d'un leader à suivre mais ils veulent devenir des leaders eux-mêmes pour leur famille, leur travail, leur église et le monde.

    Une des choses que vous pouvez faire est de les outiller pour diriger.

    7. Les hommes cherchent à avoir du plaisir.

    S’ils ne voient dans l’église que des gens « sérieux », ils finiront par se demander si le Christianisme n’est pas rabat-joie.

    Je vous encourage à développer un environnement dans lequel les hommes auront du plaisir à être ensemble.

    8. Les hommes sont à la recherche de frères, d’amis. La plupart des hommes ont beaucoup de noms dans leur répertoire mais très peu ont un ami proche. Les hommes ont besoin d'un enseignement sur la manière de développer et de renforcer les liens d'amitié et un environnement où ils peuvent trouver de véritables amis de sexe masculin.

    9. Les hommes sont à la recherche de guérison.

    Beaucoup utilisent des moyens inacceptables pour traiter leurs douleurs : l’addiction au travail, au sexe, à la drogue ou à l’alcool. À moins que leurs blessures ne soient traitées de façon saine, ils ne deviendront jamais les hommes que Dieu veut qu'ils soient. Ils ne seront jamais en mesure d'avoir des relations saines ou de dépasser un comportement enfantin.

    Ce que je retiens de la discussion autour de mon post sur un réseau social

    1. Nous avons donné aux mots humain(e) et compassion une connotation trop féminine comme d’autres mots ont une connotation trop masculine (le courage par exemple). Ainsi, la compassion, que l’on prête plus facilement aux femmes se manifeste différemment chez les hommes ; le courage, que l’on attribue le plus souvent aux hommes, se manifestent bien évidemment chez les femmes. Je pense notamment à celles que des hommes ont quittées et qui doivent assumer seules l’éducation de leurs enfants… ou à celles qui tiennent seules leur famille avec un mari qui se contente de ramener sa paye à la maison sans s’impliquer dans son foyer !

    2. Il est difficile d’être catégorique et d’écrire « tous les hommes sont comme ceci, toutes les femmes sont comme cela». D’ailleurs, autant les qualités que les travers des hommes se retrouvent chez les femmes. Il y a quand même des traits dominants chez la femme et des traits dominants chez l’homme ; pour l’homme, ceux décrits par Steve Sonderman dans le deuxième article par exemple.

    Je crois qu’il faut impérativement sortir de cette pensée que toute différence est discriminante, qu’elle établit la supériorité des uns sur les autres. Nos différences nous identifient ; nous devons incarner notre identité plutôt que de chercher à la brouiller, à la niveler.

    Ne cédons donc pas au processus démocratique actuel qui, sous prétexte d’égalité, amène à toujours plus d’interchangeabilité. Il y a une différence des sexes, une différence qui ne doit en aucun cas conduire à une guerre des sexes ! Egalité ontologique ne signifie pas indifférenciation : chacun ne peut être l’autre. Un homme ne peut pas être une femme. La différence des sexes, c’est la rencontre de l’altérité. Pour reprendre Alain Filkienkraut dont les lignes ci-dessus sont inspirées, « L’expérience fondatrice, originelle de l’altérité, c’est pour un homme la conscience qu’il y a une femme. » Vivons l’éblouissement devant l’altérité sexuelle. Cet éblouissement, notre contexte sociétal veut nous en priver.

    3. Des hommes vivent une insécurité quant à leur identité : ils ont besoin d’être soutenu, épaulé par des modèles masculins équilibrés. La vie avec Dieu ou  « le Christ comme modèle des hommes et des femmes » n’est pas un engagement à la neutralité sexuelle ou à son rapprochement. Même si notre identité sexuelle ne recouvre pas l’intégralité de notre identité, elle n’en reste pas moins importante : d’ailleurs, les personnes vivant des troubles de l’identité sexuelle souffrent profondément, souvent au point que leur spiritualité en est affectée.

    Une spiritualité équilibrée devrait entraîner les hommes à se sentir plus masculins et les femmes à se sentir plus féminines. Il ne faudrait pas oublier que nous avons été créé sexués avant la chute... dont le péché a entaché nos relations, nos manières d’être les uns avec les autres.

    En conclusion

    Notre contexte sociétal n’est pas sans influence sur nos rapports mutuels. On pourra toujours dire qu’il ne devrait pas en être ainsi dans l’Eglise mais c’est vrai aussi dans l’Eglise. Or, quel est ce contexte ? D’une part, celui d’une guerre des sexes et d’autre part celui du rejet de la différence, de l’altérité et, en définitive, de l’identité... comme si on souhaitait revenir au tohu-bohu initial, à la confusion !

    C’est dire que nous devons nous garder de ces deux dangers : D’une part en nous parlant entre hommes et femmes sans virulence et d’autre part en nous aidant à construire l’Autre dans ses caractéristiques propres.

    Oui, le péché a indéniablement affecté nos manières d’être. Que la grâce du Christ nous aide à établir et à vivre pleinement notre vie sexuée !

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  • Commentaires

    1
    pithiviers
    Vendredi 12 Septembre 2014 à 11:31

    On a plus besoin des femmes pour les repas paroissiaux que des hommes pour réparer le toit. En outre, même si beaucoup de femmes ont un métier, elles ont le plus gros effectif "conjoint à la maison" et donc sont considérées comme disponibles.

    Attention aussi au comportement du Pasteur: le mien faisait la bise aux dames et le poignée de mains aux hommes! On est frères et soeurs ou non?

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    2
    Jean l'Amandier
    Lundi 15 Septembre 2014 à 11:28

    Non l'article rédigé par Alain LEDAIN ne relance pas le débat de la place de l'homme et de la femme dans l'église...J'ai lu pas mal de commentaires et finalement pas mal de contre sens... Alain évoque la restauration de l'identité de l'homme dont nous devrions être fiers...Mais tout d'un coup dans une société qui véhicule des valeurs féministes, il faudrait alors se cacher et avoir honte d'être un homme ...Mais il ne s'agit pas de cela..Alain est dans une posture bien plus réflexive et s'attache davantage à la dimension de l'exhortation pour encourager l'église à valoriser le coeur de l'homme pour qu'il s'engage dans son appel !

    Dès lors il me semble important de restaurer l'identité de l'homme non pour valoriser l'homme dans l'église mais pour l'amener à prendre sa part dans l'évangélisation de sa société...Il doit être annonceur de la bonne nouvelle, au lieu de cela l'église fabrique un cocon dans lequel il se réfugie et ne prend plus la peine d'aller s'exposer au monde qui attend que des hommes comme des femmes se lèvent pour prêcher la bonne nouvelle... L'église s'est habituée peu à peu à entendre ses prophètes qui les caressent dans le sens du poil mais à fermer les oreilles ceux qui les exhortent d'oser l'annonce de l'évangile partout sur les lieux publics..Nous avons abandonné la foi courageuse et audacieuse au profit d'un culte docile et contemplatif ...La nourriture spirituelle ne devrait pas faire de nous des consommateurs ventres mous mais des acteurs de la foi engagés dans le combat dans la cité des hommes... !

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