• Migrants et société française


    Un texte écrit par Alain LEDAIN le 15 septembre 2015

    Je suis revenu de vacances alors que les migrants occupaient l’actualité. Je me demandais ce que je devais communiquer sur les réseaux sociaux à ce sujet. En fait, mes interrogations venaient d’une peur diffuse de l’Islam. Bien évidemment, je n’ai jamais pensé qu’il fallait refluer ces gens à la mer. S’ils prenaient de tels risques, c’est que la situation de leurs pays d’origine était réellement catastrophique.

    C’est l’excellent article de mon ami Éric LEMAÎTRE qui m’a convaincu qu’il fallait accueillir les migrants, les protéger… même si… Éric rappelle que le prochain n’est pas celui que l’on choisit d’aimer, que l’Ancien Testament demande au peuple d’Israël d’agir sans discrimination vis-à-vis des étrangers, que Jésus s’identifie à eux (« J’étais étranger et vous m’avez accueilli… » Mt 25 : 35).

    Mais pourquoi  leur afflux nous déstabilise-t-il ?

    Notre société française est en crise d’identité. De fait, il devient difficile d’accueillir une population de culture différente. D’ailleurs, dans les banlieues  monte le communautarisme. Sans l’excuser, je le comprends. Je m’en explique…

    Non loin de mon domicile, en Île de France, j’ai vécu un « dépaysement », un « mini- choc culturel ». Je me suis rendu dans un magasin de fruits et légumes dont les caissières sont presque toutes voilées et les clients essentiellement arabes. Posées non loin des tapis de caisse, des boites recueillent les offrandes pour la construction de la mosquée de Roissy En Brie.

    L’immersion dans une culture différente peut mettre mal à l’aise et j’ai éprouvé cette sensation.  Pourtant, le sentiment d’appartenance qui se dégageait des clients et du personnel du magasin tranchait avec ce que trop souvent nous vivons.

    Si, en tant que citoyens français, nous devions entrer en discussion avec le personnel et les clients de ce primeur, que leur dirions-nous ? « Adhérez aux valeurs de la République » ? Qu’avons-nous à leur proposer ?

    Comment intégrer dans une République dont les « valeurs » sont individualistes, matérialistes et consuméristes ? Comment demander à des hommes et femmes de culture musulmane de devenir « Charlie » – nouveau symbole de la France – alors que l’amalgame fut entretenu entre liberté et culture libertaire durant les jours qui ont suivi les drames de janvier 2015 ? Cette culture libertaire n’a de respect que pour elle-même et n’hésite pas à offenser la foi de ceux qui révèrent Dieu !

    Quand nos élites emploient l’expression « valeurs de la République », je ressens le vide d’une telle formule : Dans leur bouche, les mots n’ont plus leurs sens premiers. Ils parlent d’égalité, j’entends indifférenciation, uniformité, nivellement par le bas. Ils parlent de liberté, j’entends licence, irrespect, pédophilie. Ils parlent de fraternité, je ne vois que désirs individuels, compétition, concurrence (logique économique oblige !) ou Etat providence, Etat sur qui l’on se décharge du soin du prochain. Ils parlent de laïcité, j’entends laïcisme, agnosticisme. Il me semble même percevoir le militantisme franc-maçon.

    Notre société est dramatiquement vide de valeurs qui créent du lien.

    Dans un tel contexte, comment accueillir l’étranger sans la peur de voir s’effondrer notre culture occidentale ? Comment accueillir l’étranger sans craindre le morcellement de la société en ghettos ? Nos peurs découlent du vide culturel, de l’arrachement des repères, de la confrontation à d’autres cultures dont la force nous inquiète. Tentant de faire table rase du passé, nous sommes désolés, hors sol, sans racines, sans fondements identitaires. L’étranger nous remet en question alors nous l’excluons.

    En tant que chrétien, je ne m’arrêterai pas à un tel constat et j’éviterai, autant que possible, de céder à la peur. Dieu ne permet-il pas cette situation pour que de nombreux musulmans rencontrent le Christ ? Assurément. C’est déjà le cas !

    Les hommes d’Etat doivent décider, en responsabilité, de mesures à prendre face aux flots migratoires. Chacun peut souhaiter des décisions dans un sens ou dans un autre. Les débats vont d’ailleurs bon train sur les réseaux sociaux, y compris entre chrétiens. Ceci étant, l’Eglise travaille sur un tout autre plan et il incombe à chacun de ses membres de refléter le Christ dans son ouverture à l’autre, d’être le Samaritain de celui qui est gravement blessé sur le bord du chemin. Il ne faut donc pas attendre de l’Etat ce que le Christ réclame de ceux qui lui appartiennent. C’est infiniment plus exigeant et parfois même contraignant. « Être ou ne pas être disciple du Christ » risque d’être la question que Dieu pose à l’Eglise d’Occident.

    Délaissant les débats qui ont leur légitimité dans l’espace public, chaque chrétien, chaque église est devant un immense défi. En écrivant ces lignes, je mesure toute la résistance que notre confort oppose. Que Dieu nous vienne en aide ! Le réveil spirituel de nos églises ne viendra pas sans sacrifices…

    Parce qu’elles sont animées de fortes convictions, nos églises peuvent exercer l’hospitalité et être accueillantes pour tous. L'Eglise n'est-elle pas une maison de prière pour tous les peuples (Es 56 : 7) ? Que le migrant s’y sente bien, y entende un message fort et goûte la joie de l’Evangile !

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  • Commentaires

    1
    Elisabeth Dugas
    Mercredi 16 Septembre 2015 à 09:35

    Excellent article. Merci Alain

     

    Je retiens et j'approuve :

    Délaissant les débats qui ont leur légitimité dans l’espace public, chaque chrétien, chaque église est devant un immense défi. 

    Que Dieu nous vienne en aide ! Le réveil spirituel de nos églises ne viendra pas sans sacrifices…

    2
    Grâce
    Mercredi 16 Septembre 2015 à 18:57

    Je n'aurais pas dit mieux !

    Merci !

    Et... que Dieu nous vienne en aide, rapidement ! Amen !

    3
    Gilgen Yohanna
    Mercredi 16 Septembre 2015 à 19:18
    Voilà un article qui fait du bien à lire!! Merci pour cette encouragement!
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