• Prudence selon la chair et prudence selon l’Esprit, dernière partie

    Cet article a été écrit par Hubert HOULIEZ le 14 décembre 2011. Vous pouvez trouver ses autres articles sur le blog "L'Oiseau sur la branche ".

    Retour à la troisième partie : La prudence selon l'esprit
    Retour à la deuxième partie : La prudence de la chair 
    Retour à la première partie : La prudence (1) 

    Le principe de la prudence est formellement toujours le même : un usage raisonné de la conscience dont Bergson disait qu’elle est conservation du passé et anticipation de l’avenir en vue de l’action. L’homme prudent tire les leçons de l’expérience pour construire le futur.

    Ce qui distinguera le prudent selon la chair et le prudent selon l’esprit est en quelque sorte l’horizon de cette action, l’ampleur de l’anticipation.

    Pour le premier, tout succès se jauge dans les bornes étroites d’une vie terrestre : « nous n’avons qu’une vie, il nous faut en profiter ». Au risque de choquer, je dirais que les bonnes ou les mauvaises intentions – l’égoïsme ou l’altruisme revendiqué – importent parfois peu. Que signifie cette affirmation qui a tout l’air d’une provocation ? Ceci : lorsque nos objectifs sont purement terrestres, bien vite s’impose la conviction que la fin justifie les moyens, qu’on n’avance pas sans écraser des fleurs sur le bord du chemin selon les mots de Hegel. L’histoire n’en offre que trop d’exemples. Le cas du marxisme concret en est une assez bonne illustration. Son dessein était généreux, son destin fut désastreux. L’instauration de la justice sur terre justifiait tout y compris, selon le mot de Lénine, le fait de traiter le bourgeois rétif comme un insecte nuisible.

    Il ne saurait en aller de même pour le chrétien animé par la prudence selon l’Esprit. Il y a d’ailleurs quelque chose de vrai dans la critique marxiste qui voit dans la foi chrétienne un obstacle à la révolution. Certes le chrétien n’a pas à se faire nécessairement le défenseur de l’ordre établi, cependant, dans sa remise en question d’un ordre injuste il est des moyens qu’il s’interdira, des moyens qu’il jugera intrinsèquement mauvais s’il est cohérent avec sa foi. La loi de Dieu n’admet pas d’accommodements. On ne peut faire la volonté de Dieu contre la volonté de Dieu. Le chrétien a le devoir de faire tout ce qu’il peut pour la justice mais dans le respect des Commandements et notamment du commandement d’Amour. Lorsque le seul moyen d’atteindre une fin outrepasse cela, le chrétien doit se souvenir qu’une Providence divine s’exerce et que Dieu ne permet que ce dont il peut tirer un plus grand bien. Faire le mal en vue du bien ne construit pas mais détruit.

    L’intégrisme consiste à prétendre faire la volonté de Dieu en faisant fi de ses commandements. C’est l’effet d’un manque de foi et non d’une foi trop vive. La parabole du bon grain et de l’ivraie devrait à ce sujet être suffisamment parlante et le mot prêté à Simon de Montfort « tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens » en est l’exacte inversion. Il nous faut au contraire tolérer parfois le « méchant » et laisser à Dieu le soin de la justice : « laissez les tous vivre, Dieu reconnaîtra les siens ». Pour cela, il faut davantage de foi que pour allumer un bûcher.

    Prudence donc mais prudence à l’horizon surnaturel. Le chrétien sait pouvoir compter sur une autre justice que celle à l’œuvre dans ce monde. Et lorsqu’une chose apparemment souhaitable semble impossible dans le respect des commandements, c’est sans doute que Dieu ne veut pas de cette chose apparemment bonne ou qu’il veut nous la donner par ses propres voies.

    Rien donc d’extraordinaire, de mystérieux dans cette notion de prudence selon l’Esprit. La confiance en Dieu et le respect des commandements seront le cadre dans lequel le chrétien tirera les leçons de l’expérience passée pour construire l’avenir. En d’autres termes : agir avec foi.

    Hubert HOULIEZ

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