• La prudence (3) : La prudence selon l'esprit

    Cet article a été écrit par Hubert HOULIEZ le 23 janvier 2011. Vous pouvez le retrouver sur son blog à l'adresse : http://l.oiseau.sur.la.branche.over-blog.com/article-la-prudence-3-la-prudence-selon-l-esprit-65602330.html

    Retour à la deuxième partie : La prudence de la chair 
    Retour à la première partie : La prudence (1) 

    Lindegaard Matthieu 10 la colombe et le serpent-25cefMt 10, 16b
    Dessin du peintre et pasteur Henri Lindegaard

         « Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; soyez donc prudents comme les serpents et simples comme les colombes ». (Mt 10, 16)

         Dans ces recommandations le Christ semble nous demander l’impossible : nous conformer à la fois au serpent et à la colombe… Mais il évoque au préalable deux autres animaux et il nous faut commencer par là : nous sommes envoyés comme des brebis au milieu des loups. Voilà une situation qui est bien imprudente : nous voilà désarmés au milieu d’ennemis avides, prêts à nous déchirer et bien armés pour le faire… La prudence de la chair est bien loin de cela. Elle recommanderait plutôt de partir armés, prêts à défendre chèrement notre peau et même à tailler en pièce nos ennemis : on n’envoie pas des brebis sans chiens de bergers… Nul doute que nous ayons parfois succombé à cette tentation… Combien d’œuvres d’évangélisation sont tentées de chercher l’appui de l’argent, voire de la force à certaines époques de l’histoire. Une telle « évangélisation » se paie toujours très cher. Oui, certains chrétiens ont succombé à la tentation d’une telle prudence. La prudence selon l’esprit est une prudence exempte de peur, une prudence qui accepte le risque suprême – selon la chair – car ce risque suprême n’est rien au regard de ce qui est le seul vrai risque : se séparer du Christ. « Qui veut sauver sa vie la perdra » : partir comme des brebis au milieu des loups, c’est tourner le dos radicalement à la prudence selon la chair.

         Nous devons donc à la fois ressembler à la colombe et au serpent. La qualité symbolisée par la colombe est la pureté ou simplicité. Ces mots sont ambiguës, tellement appauvris par l’usage. Ils désignent la qualité de ce qui est sans mélange – comme l’or pur, comme une substance simple -. Nous devons être simples : nos actes doivent être orientés vers la seule gloire de Dieu, en quête du royaume et de la justice de Dieu sans souci du reste dont Dieu se souciera pour nous. Au fond, la simplicité dont il est question ici, c’est le fruit de la foi. Etre pur comme la colombe, c’est être allégé de tout ce qui nous porterait aux œuvres de la chair, mus par l’Esprit, abandonnés entre ses mains.

         Alors, la prudence du serpent est-elle compatible avec cela ? Oui, puisque le christ nous le commande. Oui, nous devons être prudents. Le Christ ne nous a pas donné une intelligence pour que nous en négligions l’usage, mais puisque nous sommes nés de nouveau en Christ, notre intelligence doit être orientée vers lui. Nous devons donc examiner nos intentions pour savoir si elles sont pures. Nous devons tirer les leçons de l’expérience, il ne nous est pas demandé d’être aveugles. Nous devons savoir agir au moment opportun, l’Ecclésiaste nous le dit, il y a un temps pour tout, ce qui signifie que parfois le temps n’est pas venu. Non, nous ne devons pas être comme un éléphant dans un magasin de porcelaine… Et parfois, disons-le, les personnes les mieux intentionnées blessent autour d’elles par un zèle intempestif, imprudent. Non, nous ne devons pas aspirer au martyre et à la persécution… Alors oui, nous devons être prudents : l’Esprit nous donne la direction (et parfois bien plus) mais il laisse parfois à notre appréciation les moyens à mettre en œuvre, il nous laisse à notre conseil. Nous avons à être avisés, à savoir nous défendre des accusations mensongères, à éviter les pièges. Et cela est possible dans la pureté telle qu’elle a été précédemment définie.

         Le Christ est un modèle d’une telle attitude, sans cesse attiré dans des pièges, jamais il ne manque à la vérité, mais tant que son heure n’est pas venue, il sait échapper à ses adversaires. L’épisode de la femme adultère est à cet égard significatif. Le Christ saisit les intentions des accusateurs, il sait aussi que ce sont des pécheurs et il trouve précisément le moyen de maintenir la vérité (le péché est le péché), d’affirmer la miséricorde et d’appeler à la conversion : va et ne pèche plus. Mais le Christ sait très bien aussi que cette prudence, fidèle à l’inspiration de l’Esprit, ne fera qu’enrager un peu plus ses adversaires contre lui. Il a échappé à ses adversaires car le temps n’était pas encore venu mais il sait d’avance que viendra un moment où son témoignage le conduira à la mort et qu’à ce moment, il serait contraire à sa mission de fuir par une prudence humaine, une prudence selon la chair. La prudence, la sagesse selon l’Esprit est, un jour ou l’autre, folie aux yeux du monde.

         On verra bientôt plus précisément à quoi se reconnaît cette prudence selon l’Esprit et comment elle peut s’articuler avec notre action dans le monde. (A suivre)

    Hubert HOULIEZ

     

    Lire la quatrième et dernière partie : Prudence selon la chair et prudence selon l’Esprit 

     

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